Texte : Nicolas Valeano • Photos : Maxime d’Angeac
Quelques très beaux chats, de grandes pièces claires et des murs entiers de livres forment l’univers de travail de Maxime d’Angeac. La soixantaine athlétique, le contact facile, l’architecte semble apprécier de prendre le temps d’expliquer sa démarche et sa vision de son métier, très tranchée. Une construction au long cours, dont un des déclencheurs fut un livre, donné à lire par son père autour de ses 17 ans : La Source vive de la romancière américaine Ayn Rand, qui a été adaptée par King Vidor dans son film Le Rebelle. Une exaltante histoire d’architectes qui motivera M. d’Angeac, qui connaissait sa vocation artistique, à opter pour l’école des Beaux-Arts à Paris. Mais à sa manière. « Au lieu de faire mes études en 7 ans, je les ai faites en 20 ans, explique-t-il. Je n’avais pas envie de rentrer dans le moule, entrer dans une grosse agence et me perdre. Au départ, je visais la construction d’une maison aussi forte que la Villa Savoye ou la Maison sur la Cascade de Frank Lloyd Wright. Un objectif de jeunesse que je n’ai pas perdu. Pour cela, j’ai beaucoup voyagé et très vite travaillé à mon compte, dans beaucoup de domaines rattachés au luxe. Au départ, roadie sur des concerts pendant 5 ans, montant des scènes, du son pour de gros concerts comme les Stones, Bowie ou Simon & Garfunkel. Une vie difficile, en salles de concert la nuit et amphithéâtres le jour. Cela m’a ouvert l’esprit et m’a permis de gagner un peu d’argent, dépensé, intelligemment, en livres. Puis j’ai voyagé pour aller découvrir tout ce que j’avais vu dans ces livres, emmagasiner de l’expérience et prendre mon temps, car c’est un métier dans lequel on se bonifie en vieillissant… ».
Le temps, une composante fondamentale dans la démarche de M. d’Angeac, alors que le monde a besoin de raccourcis au temps des réseaux sociaux où il faut être présent pour exister. Mais le monde de l’architecture a des cycles plus lents et il faut pouvoir l’assumer. « Pour moi le vrai luxe, c’est le temps. Un client capable d’acheter du temps de conception, de réflexion, de reprise, de plantage, avoir des heures de compagnons, de bureau d’études pour avoir un résultat. Si on n’a pas ce temps, cela se voit, et si les gens ne le voient pas, ils sont paresseux ou pas éduqués. » Il raconte ainsi avoir passé avec ses équipes quelque 200 000 heures sur le projet Orient-Express, qui va encore durer au minimum 3 ans, dans un process proche de celui utilisé à l’époque du train originel.