Texte : Gilles Dupuy
Il y a le pastis, bien sûr… Comment pourrait-on dissocier l’homme de son grand œuvre : l’élaboration, puis la popularisation d’une boisson apéritive éternellement liée aux vacances et à la Provence, symbole inaltérable d’un certain art de vivre à la française ? Ingénieux, inventif, audacieux, Paul Ricard le fut assurément. Mais il fut tellement plus que ça. Entrepreneur prolifique, génie du marketing, manager visionnaire, ce self-made-man fut d’abord un esprit libre, un personnage complexe, aux multiples facettes, épris de tauromachie comme de navigation ou de compétition automobile, mais surtout, un artiste dans l’âme, toqué de peinture dès son plus jeune âge. Une passion qu’il dut très vite mettre en suspens, sur injonction de son père, Joseph, négociant en vin établi à Sainte-Marthe, un village posté sur les hauteurs de Marseille. C’est là qu’il vit le jour, le 9 juillet 1909, et c’est là qu’il fit ses premiers pas dans la vie, loin de ce métier de peintre auquel il aspirait tant. L’homme en convenait volontiers : « Vous voulez savoir pour quelle raison j’ai fait du pastis… Eh bien, c’est parce que je voulais être artiste, et que mon père me disait : “L’art ne nourrit pas son homme”. Il a voulu que je gagne ma vie en le suivant dans son métier. Alors, je me suis dit qu’avec le pastis, je me ferais des rentes, et après je pourrais faire de la peinture… »